Motivation

Sortir de la spirale de l’échec

Spirale de l'échec

Pour ceux qui ont vécu un échec ou une suite d’échecs, le problème est de sortir de la spirale de l’échec-inhibition-échec. Ils n’ont plus la force de se battre, donc de gagner parce que leur chimie interne le leur interdit, pour leur éviter absolument de retomber. Pour le cortex cérébral, il vaut mieux un corps inhibé ou fuyant qu’un corps mort. Comment se battre contre son cerveau reptilien ? 

Pour dépasser un échec, rien de tel qu’une réussite. C’est ce qu’ont compris les cavaliers qui obligent le cheval ayant fait tomber une barre difficile à ressauter une barre facile, de façon à effacer l’erreur pour faire place à la mémoire de la réussite. Notre cerveau ne fonctionne pas autrement. Pour nous sortir de l’inhibition et de la spirale de l’échec, il faut nous remettre en situation de réussite… facile. D’abord parce qu’une réussite difficile nous ferait courir le risque d’un revers (dont nous n’avons vraiment pas besoin) ensuite parce que nous ne sommes à ce moment-là, pas capables de relever des défis ambitieux. Il s’agit de reprogrammer le cerveau pour qu’il libère les bonnes substances. De petites réussites faciles provoquent de petits shoots, puis des réussites moyennes des shoots plus importants. (Lire « L’expérience optimale »). Quand viendront les combats plus difficiles, nous serons partiellement reprogrammés et donc capables de les gagner. Le jeu consiste à se rééduquer au succès par paliers, sans prendre le risque d’un échec, mais en relevant progressivement la difficulté, car les substances reconstructrices se libèrent en proportion de la difficulté à vaincre.

Analyser l’échec

Mais avant de se lancer dans un tel programme, il conviendra de faire le point sur les raisons de la difficulté à dépasser. Il est courant d’entendre ou de lire “Il faut positiver les échecs”. Ceux-là n’en ont certainement pas vécu de bien dramatiques. Il n’y a aucun avantage à trouver à un naufrage. Seuls quelques baba cool vont trouver une force dans l’échec avec des poncifs du genre “Tout ce qui ne me détruit pas me rend plus fort”, maxime tirée de son contexte (Arnold Schwarzenegger dans Conan le Barbare ou Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, je ne sais plus) mais bien peu aidante au quotidien. 

La réalité est moins lyrique. Il est nécessaire d’examiner les causes de l’insuccès à l’aune des trois conditions sus-décrites : En avais-je vraiment envie ? Avais-je le potentiel pour réussir ? Ai-je disposé des moyens nécessaires ?

Positiver l’échec

Tirer les leçons d’une déconvenue ne sert qu’à apprendre à ne pas répéter les mêmes erreurs. L’expression “positiver l’échec” pourrait laisser entendre qu’il y a un quelconque intérêt à échouer. Entendons-nous bien : il n’y en a aucun. C’est parce que l’échec est là qu’il faut bien positiver, c’est-à-dire que tant qu’à avoir subi un échec, autant en retirer quelque chose. Or, c’est sûrement ce qu’il y a de plus difficile à faire. Un vieux perdant très expérimenté disait : “On fait toute sa vie les mêmes erreurs”, c’est en effet, le lot des perdants récidivistes. Ils n’apprennent pas de leurs erreurs, ils ne se remettent pas en question, cherchent des coupables (qui ne sont jamais eux), se trouvent des excuses, évoquent la malchance… Certains vont même jusqu’à en vouloir au gagnant de ne pas lui avoir laissé sa place. “Je me voyais déjà, en haut de l’affiche… dit le chanteur avant de conclure, C’est la faute du public qui n’a rien compris…” (Lire « Je m’voyais déjà »)

Faire le deuil

Accepter l’échec et ses conséquences, accepter sa responsabilité dans la chute, accepter la nouvelle réalité… c’est ce qu’on appelle faire le deuil. Ce deuil passe par une étape de déni (je refuse d’admettre que j’ai échoué), puis par la colère, ensuite par la tristesse. Vouloir faire l’économie de ces étapes, vouloir faire l’économie du deuil, c’est construire les prochains combats sur du sable, sur les ruines encore fumantes du chantier précédent. Se précipiter dans les bras d’un autre juste après un échec sentimental, c’est s’assurer un nouvel échec. Rechercher un nouveau collaborateur sans avoir compris que c’est notre comportement autoritaire qui a fait fuir le précédent, c’est programmer la fuite du suivant. Poursuivre la construction d’un mur après trois échecs sans se faire superviser pour compenser son manque d’expérience (Vois « coaching personnalisé »), c’est s’assurer une nouvelle catastrophe. 

Tourner la page

Se remettre en situation de pouvoir gagner, voilà le plan réaliste de celui ou celle qui a un mental de gagneur. À quoi bon s’enfoncer dans un procès qui durera des années pour réclamer l’argent que votre associé malhonnête a détourné ? Il vaut mieux tourner la page et penser aux bénéfices futurs plutôt que perdre temps, énergie et peut-être (tous comptes faits) argent à vouloir faire justice. Sentimentalement, pourquoi s’acharner à prouver à l’autre qu’elle a eu tort, lui expliquer tout le mal qu’elle vous a fait, lui démontrer qu’elle fait une erreur… Tournez la page et mettez-vous en situation de construire une autre relation sur des bases plus saines (ce qui devrait être facile puisqu’elle a eu tort de vous quitter, n’est-ce pas ?). Combien de personnes débutent l’histoire de leur vie en racontant : “Je voulais être médecin, mais…” ou encore “Si je n’avais pas été blessé, je serai champion de …” que raconte bien la chanson “J’aurai voulu être un artiste…”. Les bistrots sont pleins de poivrots qui auraient pu devenir quelqu’un si… Tant qu’ils n’auront pas tourné la page, le patron leur servira encore beaucoup de verres.

Se remettre en selle

Une fois ce travail d’analyse et de préparation effectué, il faudra repartir au combat. Reposé, plus fort des leçons intégrées, plus expérimenté, plus aguerri… et débuter par une barre très basse, facile à passer, puis la relever progressivement, au fur et à mesure que l’assurance revient. Et un beau matin, on a l’impression que tout est possible, la force est revenue, plus dense, plus consistante, plus vraie… on est sorti de la spirale de l’échec, prêt à enclencher celle de la réussite. Jean Marie Messier, le dirigeant de Vivendi dénigré par les médias et débarqué en quelques jours est aujourd’hui le banquier d’affaire des grandes fusions acquisitions mondiales. Florent Pagny quitte ses parents à 15 ans pour monter à Paris où il galèrera (petits boulots, castings refusés…) jusqu’à son premier succès, à 26 ans. Personne n’avait tenu compte des conseils militaires de de Gaulle avant la débâcle (conseils pourtant étudiés en détail par l’armée américaine à la même époque). Il a été éloigné du pouvoir à la Libération, on ne donnait pas cher de son siège en Mai 68… La plupart des grandes réussites sont jonchées d’échecs. Le gagneur est celui qui sait les dépasser.